| Claudine Galea, écrivain, septembre 2009 |
| La grâce féroce d'une voix qui bouscule les tessitures, des textes caustiques et lyriques, et puis, un foudroyant sens de la scène, entre délicatesse et tempête. Il faut le voir, avant même d'écouter les disques. Le découvrir sur scène, entouré de ses musiciens à la complicité virtuose. Une chanson française qui célèbre l'amour comme Piaf, et porte un regard sans complaisance sur le monde d'aujourd'hui. Damei, allez-y, vous serez conquis. |
| Marie-C Blanchet, Le Dauphiné Libéré, 07/02/09 |
| Des monstres attachants et dérangeants. Dans le spectacle « Des monstres… » jeudi, au Grand Angle de Voiron, Lionel Damei dressait en chansons, le portrait de gens « pas dans les rails », des êtres en mal de vivre ou en devenir. Les personnages décrits, s’ils ne sont pas vraiment des monstres, interpellaient comme cet africain loin de son pays, mourrant de froid sur le pavé. La voix est juste, proche de celle de Michel Jonaz, avec des tremolos à la Nougaro. Les rimes riches et sensées, coulaient sur des rythmes jazzy ou de tango argentin. Lionel Damei n’était pas seul en scène, deux danseurs de talent, Smain Boucetta et Sylvie Guillermin (la chorégraphe) l’accompagnaient ainsi que quatre musiciens dont le compositeur Philippe Codecco. Participant à la chorégraphie, Lionel Damei étonne par son dynamisme et sa souplesse…malgré ses rondeurs. La poésie est présente à chaque phrase musicale, l’humour souvent désabusé comme dans la chanson sur les accros du caddie s’achevant par « Tout doit disparaître et nous avec ! ». Attachant par la chorégraphie, la voix de l’artiste et la musique, dérangeant par le thème des chansons, « Des monstres… » mis en scène par Muriel Vernet, est un spectacle de belle qualité. |
| Aurélien Martinez, le Petit Bulletin, février 09 |
| Hier soir avait lieu à l’Heure Bleue (Saint-Martin-d’Hères) la générale de Des Monstres.., le nouveau spectacle du très original Lionel Damei. Lionel Damei ??? Pour les néophytes, il s’agit d’un artiste multiple, mais plus connu comme chanteur (cinq albums au compteur pour se rendre compte de son univers très personnel). Pour Des Monstres, il a composé une douzaine de chansons, qu’il interprète sur scène avec quatre musiciens, et surtout deux danseurs : Sylvie Guillermin et Smain Boucetta. Et autant dire que lorsque, il y a deux semaines, j’avais assisté à une répétition, je n’aurais pas imaginé que l’osmose marche autant. Généreux, le spectacle est très loin de l’idée d’un simple collage de titres, avec les danseurs en fond. Chacun prend ses marques sur scène, ce qui nous offre de très beaux moments, par exemple le solo saccadé de Sylvie Guillermin, ou le duo très sensuel de Lionel Damei avec Smain Boucetta. Si vous êtes curieux, n’hésitez pas à me faire confiance, et rendez-vous à l’Heure Bleue ce soir (mardi) et demain (mercredi... logique!), ou au Grand Angle (Voiron) jeudi ! Petit cadeau pour finir, comme ça, pour le plaisir : le titre Un bon père de famille, le seul composé avant Des Monstres mais présent sur le spectacle. Imaginez une chorégraphie charnelle, et un musicien de plus (un percussionniste excellent), vous aurez alors un aperçu de ce qui vous attend ! |
| Véronique Pedrero, Vivant Mag, mars 09 |
| Les Monstres, c’est d’abord nous, même si l’enfer peut aussi venir des autres. Monstres d’infinie(s) solitude(s), dans la voix, les corps. Le plateau est dégagé au centre. Les musiciens forment arc de cercle. La scène se passera dans cet espace. On erre, tout autant subjugués que nous pouvons être effrayés par la fosse dévoratrice de nos démons claudicants. La voix, la musique aussi, prennent des accents à la Nougaro. Une voix qui a du souffle, qui jamais ne s’essouffle, même dans les mouvements qui s’enchaînent, s’emboîtent, se délient. Une écriture personnelle qui s’est précisée au fil du temps et qui a une véritable patte. Le trio imbriqué fait gestes malaxés en stéréotypes et répétitions. Il faut savoir regarder au-delà des visages et des masques. Si le mot de la fin est "tout doit disparaître et nous avec", convenons que cette proposition artistique a du crin, du chien. Elle nous pousse dans un univers langagier qui oscille entre beauté du verbe et violence(s). Lionel Damei a donné sa couleur à ce moment précieux, épaulé et tiré vers des ailleurs mouvants par ses partenaires. Un spectacle exigeant possiblement dérangeant. |
| Magali Bourbon, juillet 2008 |
| Mettez ce disque dans le lecteur, c'est comme si vous mettiez, un matin de juillet, la clef dans le contact. La guitare vous embarque dans un road movie mais, attention, sans grosse cylindrée américaine. Non, un road movie plus buissonnier, à trois ou quatre dans une Simca 1000 ou une petite Fiat rouge, d'autres avaient de plus prestigieux bolides ou d'éphémères décapotables… Ensuite, rappelez-vous ou imaginez – le vintage est à la mode – la Nationale 7, un ruban gris délavé, un peu rugueux, un gros-grain qui gratte à la taille, l'odeur amère, poussiéreuse des cyprès et des lauriers roses. Plus loin, les eucalyptus de la route d'Hyères, la petite et la grande corniche… Mais, délaissant la Riviera, vous avez pris une autre direction. Dans un virage surplombant la mer, la réverbération vous brule les yeux. L'huile chauffée des savonneries vous donne mal au cœur : vous êtes à Marseille car Damei y est né et qu'il en est parti. Depuis il chante sa ville, les secrets d'enfance, la jeunesse délicate, les troubles du désir délicieux, maladroits et manqués. La topographie est précise : des abords de la gare Saint-Charles à Saint-Victor, le Vieux-Port est son centre de gravité. Mais l'exil donne de la hauteur, un meilleur point de vue. Ni régionalisme donc, ni folklore éculé. Foin du confinement ! Ecoutez les mots, la guitare, les percussions : Massilia se dilate et s'ouvre, gagne le large, l'autre rive, devient le Sud. Mais l'exil est un filtre, un alambic. Il décante, il malaxe, il distille. Des sentiments, des sensations, des aventures, il ne reste qu'une nostalgie élégante qui tantôt caracole – les arrangements y sont pour beaucoup – et tantôt marche large, en équilibre, en tension. Damei est un chanteur de la chair, jamais un chanteur de la tripe, plutôt de la fleur de peau, de la caresse et de la saveur acre : l'amour et le sel. La mort frappe. Sa crudité pétrifie. Cercueil ouvert, vermine et brassées de fleurs : le cadavre d'Isabelle de Portugal, les fins dernières dans l'ombre de la Caridad de Séville, vanités… Baroque, bien sûr, mais sans emphase. L'effet est juste, percutant, approprié au légitime effroi. Baroque encore le trépidant défilé des êtres crépusculaires, farandole dépenaillée de soldats en déroute, chevriers et bohémiennes peints par un moderne bambocciante. Baroque, enfin, la profondeur un peu rauque, méditative, du violoncelle. La promenade vous a un peu sonné. Vous titubez : on crève devant Saint-Laurent et la voiture est mal garée. Tant pis ! Avant de partir, il faut vous rafraichir : allez donc boire quelque chose dans ce bar… Repère pour les uns, pour les autres, invitation au voyage. |
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